J'ai lu ceci :
Un soleil froid se leva ce matin là sur Garla et la forêt septentrionale des terres du roi Arcalon.
La réputation de cette étendue d’arbres centenaire, qu’était Dikaltar, n’était pas très engageante. Un récit vieux comme le monde, d’un voyageur intrépide dont le nom est désormais oublié, raconte bien des horreurs.
La forêt serait occupée par un peuple sanguinaire commandant aux bêtes sauvages et meurtrières, les faisant agir selon leur volonté. Son récit retraçait également la manière dont les arbres avaient la faculté étonnante de pouvoir étaler leur feuillage à la nuit tombée afin qu’aucun rayon de lumière ne puisse les pénétrer. Les ombres maléfiques s’y insinuaient avec malice pour surprendre le moindre être vivant osant s’y aventurer.
S’il en eu fait des écrit, aucun ne subsistent. Les mémoires ont oublié ce conteur, mais pour sûr, plus personne ne mit les pieds bien loin au sein de la forêt.
La vie était prospère pour les quatre principales villes du royaume, commerçant les unes avec les autres et depuis toujours, dans une excellente entente. Elles avaient d’ailleurs due se battre côte à côte par le passé. Même si les écrits ne subsistent pas de ces temps reculés et que l’ennemi n’est plus dans les mémoires, il en est tout de même demeuré des liens fraternels et les contes des anciens.
Le roi Gorlan était décédé depuis de longues années, trop aux yeux du peuple de Garla. Le Monarque aimé de tous laissa derrière lui une trace indélébile dans son sillage et marqua les cœurs et les esprits à jamais. N’ayant aucun enfant, il céda sont trône à son neveu, Arcalon.
L’héritier approchait de la quarantaine et avait un visage angulaire et une mâchoire puissante qui soulignait son tempérament. Il était beaucoup plus dur et intraitable que son prédécesseur. Il fit d’ailleurs rapidement parler de lui. Il avait rêvé du pouvoir durant toute son existence et le jour de son couronnement fût sans nul doute le plus beau jour de sa vie. Son goût prononcé pour les exécutions de ses opposants en faisait un dirigeant redouté et craint dans tous le royaume.
... puis je me suis arrêté dès le début de la phrase suivante. Je m'explique : cet extrait sonne comme un prologue (tu l'as d'ailleurs séparé de plusieurs sauts de ligne tant il n'a aucune continuité avec la suite - j'éviterais ce mécanisme un peu grossier à ta place).
Bon, comme je te l'ai dit, les premières phrases d'un roman sont capitales (surtout la première), et là c'est trop amateur à mon avis. Mais comme pour moi cet extrait n'est pas le début de ton roman mais son prologue, ce n'est pas si grave (tandis que ce qui suit, bien que largement perfectible du peu que j'en ai lu, ressemble bien plus à un vrai début
Je vais juste rebondir sur ton "prologue" (permets moi de le nommer ainsi, même si toi tu n'as pas encore acquiessé mon opinion, ce sera juste plus simple pour cibler de quelles phrases je veux te parler !).
Comme pour ton autre histoire, tu as cédé à la facilité. Commencer sur le réveil, ou le lever du soleil, ça paraît tellement évident quand on veut écrire le début d'une histoire... mais tellement classique quand on la lit ! Je préfère de loin commencer sur un événement plus ou moins particulier (un tournoi d'échec aura lieu dans deux semaines et le héros se prépare à y participer... oui c'est pas Fantasy, c'est juste un exemple), sur un geste comme dans Lancedragon, Dragon d'un crépuscule d'Automne :
Tika Waylan s'étira pour soulager ses épaules douloureuses. Elle laissa retomber le chiffon dans le seau et, du regard, fit le tour de la pièce vide.
C'est sympa de commencer sur une action dans ce genre (ce que tu fais juste après avec "un corps s'engouffra...".
J'en profite pour revenir sur ce début (qui n'est pas celui du premier chapitre de Lancedragon mais celui du prologue, quoi que le premier chapitre commence lui aussi par un geste, une action, dans ce genre).
A la suite de ces deux phrases, l'auteur va à la ligne et dépeint la pièce dans tout un paragraphe. Bon déjà, je te l'avais dit, je ne trouve pas que Lancedragon soit un grand livre et rien que sur ce début je trouve à redire. Première phrase : ok. Seconde : beurk. Je proposerais :
Tika Waylan s'étira pour soulager ses épaules douloureuses. Elle laissa retomber le chiffon dans le seau et parcourut la pièce du regard.
- ou - et son regard parcourut la pièce.
Faire le tour = parcourir, pourquoi user de trois mots quand un seul suffit ? (sauf effet de style recherché mais là j'en doute)
Mais surtout ce qui est laid, c'est cet ajout de "pièce vide". L'idée maîtresse de la phrase c'est ce que fait Tika et non commencer à décrire l'endroit ! Surtout que le paragraphe qui s'enchaîne juste après n'est autre que la descriptions des lieux justement !
Je te redonne la version originale ici + la même mais avec le mot "vide" en moins, tu vas voir comme la seconde phrase est plus belle, plus légère (enfin dis moi si selon toi je me trompe !) :
Tika Waylan s'étira pour soulager ses épaules douloureuses. Elle laissa retomber le chiffon dans le seau et, du regard, fit le tour de la pièce vide.
Tika Waylan s'étira pour soulager ses épaules douloureuses. Elle laissa retomber le chiffon dans le seau et, du regard, fit le tour de la pièce.
Pour en revenir à ton prologue, on trouve le même genre d'erreur. Dès le début, tu as beaucoup de choses à raconter (normal !) mais tu te précipites, tu en dis trop à la fois, ce qui rend tes phrases indigestes.
Voilà ce que ta première phrase nous apprend :
1) Le soleil se lève.
2) Il est froid.
3) Sur quel lieu ? -> Garla
4) Mais aussi sur une forêt.
5) Cette forêt appartient aux terres du roi Arcalon.
Laisse le soleil "froid" se lever sur Garla et rien de plus pour ta première phrase (ce n'est pas original comme début comme je te disais, je vais me contenter de prendre tes idées mais de les exprimer autrement). Au passage, je n'ai jamais vu de soleil se lever l'après midi ou le soir... Si tu fais l'effort de préciser que le soleil se lève le matin, c'est soit que dans ton monde il peut se lever à d'autres moments de la journée (il faudrait alors donner une nouvelle définition du mot matin, car normalement le matin est ce qui succède à l'aube, l'aube étant justement le lever du soleil
Du coup, la forêt et les terres du roi Arcalon ne devraient apparaître qu'à la seconde phrase, ou après un ";".
Un problème dans ton récit "vieux comme le monde". Tu commences avec le conditionnel, permettant au lecteur de douter de ce récit, tu finis à l'indicatif, comme s'il était bien réel. De toute façon, c'est à nouveau plutôt amateur (je crois) de présenter une légende comme tu le fais ici. Il faut presque nécessairement que le lecteur sache QUI croit en cette légende. Le mieux est donc qu'un personnage la raconte à quelqu'un d'autre (tu peux montrer la conversation sous forme de dialogue ou sous simple forme de naration : A révéla à B ce qu'il avait entendu : la forêt serait hantée, etc...). Sinon, tu arrives devant les ruines de Ruineland, et tu peux parler de leur légende en les présentant par le regard de différent peuple (Eruve atteignait à présent les ruines de Ruineland, et hésitait à les franchir. Il connaissait maintes rumeurs à leur sujet. Les légions de l'ouest évoquaient blablabla, les hommes sauvages du nord leur conféraient la malédiction du Sang, .....). Mais là, comme ça, de but en blanc, je trouve ça un peu facile en tant que lecteur.
(Quand le narrateur de l'histoire n'est pas un personnage du monde, donc que le narrateur est l'auteur ne font qu'un, alors c'est mal venu que l'auteur/le narrateur s'adresse directement au lecteur, comme tu le fais ici en lui offrant la légende.)
Au passage, quand je te parlais d'un trop grand nombre d'infos par phrase, d'une lourdeur dans ton récit, voici un exemple :
Un récit vieux comme le monde, d’un voyageur intrépide dont le nom est désormais oublié, raconte bien des horreurs.
Idée maîtresse de ta phrase : un récit raconte des horreurs (j'aime mieux "un récit évoque" que "un récit raconte"). Le voyageur intrépide, au nom désormais oublié, devraient donc apparaître dans une phrase à part. J'avoue que c'était confortable de le glisser ici puisque tu ne veux pas trop développer (surtout dans le cas où toi-même n'a pas encore inventé son nom et son histoire
Héritage de temps oubliés, une légende lui prêtait horreurs et dangers. L'intrépide voyageur qui s'y était aventuré l'avait amèrement regretté ; et il n'avait pas tardé à succomber de ses blessures. Mais son récit lui survécut, année après année, siècle après siècle, conté à la tombée de la nuit, à l'enfant dans son lit comme entre amis auprès d'un feu réunis. Certains détails se perdirent, jusqu'au nom même de l'aventurier, et d'autres les remplacèrent, perpétuel renouvellement.
(Tu remarqueras, le choix entre UN/LE/CE : UN intrépide voyageur => L'intrépide voyageur, pour donner de l'évidence à ton monde, puisque tout le monde sait de quel voyageur on parle, le seul à s'y être aventuré et à en avoir réchappé, celui qui le premier fit le récit.)
La phrase commençant par "mais son récit lui survécut..." est volontairement longue, hachée par les virgules, avec une répétition de i, comme un écho (nuit, lit, ami, réunis), pour accentuer l'idée que beaucoup de temps s'est écoulé, entre les premiers récits d'antan et ceux de l'époque du roman, mais comme j'écris vite là je ne sais pas si j'ai réussi mon effet.
N'as-tu pas toi-même davantage envie d'entendre ce fameux récit, maintenant qu'il est ainsi introduit ?
Toujours en passant (lol je m'attarde beaucoup plus que je ne le voulais !), cette dernière phrase est un bon exemple de tes travers niveau qualité d'écriture.
Son récit retraçait également la manière dont les arbres avaient la faculté étonnante de pouvoir étaler leur feuillage à la nuit tombée afin qu’aucun rayon de lumière ne puisse les pénétrer.
*je récupère mon souffle, j'ai manqué de m'éttoufer car la phrase est trop longue, dépourvue de pause virgule
Retracer correspondrait davantage à une suite d'événement, à un historique, mais pas à un seul détail. Je crois qu'il faut un autre mot.
la manière dont : 3mots au lieu d'un seul : "comment" - Le récit retraçait comment les arbres....
répétition : la faculté de pouvoir ...
Justement, voici notre verbe pouvoir, totalement inutile ici (rien avoir avec une répétition comme précédemment, c'est juste qu'il n'apporte rien du tout à la phrase et peut s'enlever : afin qu'aucun rayon de lumière ne les pénètre. A moins que tu cherchais des rimes entre faculté, étaler, tombée, pénétrer, mais auquel cas je te conseille d'écrire "l'étonnante faculté" et non "la faculté étonnante"
C'est plus un défaut d'expression ici qu'un problème de vouloir donner trop de sens à une seule phrase. Il y a également la faute de "avoir la faculté", le verbe avoir est trop usé (comme pouvoir), et de plus il y a 3 mots pour un seul "avoir la faculté" = "pouvoir"... Aïe, il est de retour celui-là, quoi que tout à fait à propos ici. Soit on revient sur ton idée "d'avoir la faculté" mais avoir étant à éviter, je mettrais "posséder", soit on emploie "savoir" au lieu de "pouvoir" (un verbe usé également, mais moins déjà). On peut même se passer de parler de "avoir la faculté d'étirer", ou "savoir étirer". Avec quelques corrections ça devient :
Son récit révélait également comment les arbres savaient étirer leur feuillage, dès la nuit tombée, afin qu'aucun rayon de lune ne les traverse jamais.
ou sans le "savoir" ça donne (mieux ou pas suivant ce que tu voulais exprimer, car c'est beau d'imaginer qu'un arbre "sait" s'étirer, c'est plus plat de simplement dire qu'il s'étire) :
Son récit révélait également comment les arbres étiraient leur feuillage, dès la nuit tombée, afin qu'aucun rayon de lune ne les traverse jamais.
J'ai ajouté le "jamais" à la fin pour le cas ou tu voulais des rimes, mais tu peux l'enlever la phrase marche quand même.
Relis ma version, relis la tienne, je crois que ça va t'aider à réaliser comment tu alourdis tes phrases
D'une manière générale, il en va de même tout au long du prologue. Tu es trop pressé de révéler cette histoire que tu t'imagines et dont les détails te fascinent. Tu survoles ce qui doit être approfondi, et tu mélanges plusieurs idées maîtresses en une seule phrase (L’héritier approchait de la quarantaine et avait un visage angulaire et une mâchoire puissante qui soulignait son tempérament. 3 idées maîtresses : âge du personnage, apparence, personnalité, mais 1 seule phrase !).
Prends ton temps ! Tu me déclares comprendre qu'il te faudra du temps pour atteindre ton but, alors détends toi, même si tu as hâte que tout le monde puisse te lire, de savoir si oui ou non le public te lira, plonge dans ton monde plus profondément, prends le temps d'observer chaque détail plutôt que de les vomir au plus vite pour passer aux détails suivants, qui eux-mêmes seront vomis pour les prochains, etc. Mais peut-être ne rédiges-tu en fait qu'une ébauche rapide de ton histoire, un brouillon ? Ce ne serait pas une mauvaise idée pour poser au plus vite la trame, mais garde en tête que ce n'est pas encore un livre à proprement parler alors (toujours selon moi), mais simplement les premiers efforts d'une longue entreprise.
Je crois que ce serait un bon exercice que tu travailles simplement ces deux paragraphes (ce prologue) pour améliorer ta plume et ton talent de conteur. Tu veux me montrer ce que ça donne ?
Allez, je retourne à mon travail ! Je me mets en retard lol, et pourtant j'ai fait de mon mieux pour ne pas trop en dire...
